25 septembre 1915 : attaque meurtrière en Champagne
À neuf heures quinze exactement, la section entière sort d'un bloc de la tranchée, mais à deux cents mètres à notre gauche un groupe était sorti au moins vingt secondes avant l'heure H. Deux mitrailleuses nous prennent en écharpe. La plupart de mes hommes se couchaient. Ce fut leur perte. Ils avaient tous un grand carré d'étoffe blanche cousue dans le dos, de façon à ce que nos avions puissent repérer notre première ligne au fur et à mesure qu'elle avancerait ; aussi ce maudit carré d'étoffe fut une cible merveilleuse pour les mitrailleurs ennemis. 35 de mes hommes sur 38 furent tués. Les trois qui restèrent furent parmi les plus braves ; ils m'avaient suivi jusque dans les barbelés, et en avant ou même dans les réseaux ; nous pûmes trouver des trous creusés par nos gros obus, trous dans lesquels nous pûmes nous abriter. Ainsi ce furent les quatre qui avaient le plus avancé qui échappèrent à la mort.
Quant à moi, il faut bien que je le dise, en allant reconnaître seul le réseau allemand vers cinq heures du matin, je reçus une balle dans l'épaule gauche, mais je ne voulus pas abandonner ma section au moment de l'attaque. Mes hommes me savaient blessé, ils savaient que je partirais avec eux quand même, et si j'avais agi autrement ils ne m'auraient pas reconnu.
Aussi, je pouvais demander à ces braves tout ce que je voulais et ils l'ont montré ce jour-là. En bondissant vers la tranchée allemande, je reçus un pétard dans les jambes ; je l'éloignais d'un violent coup de pied, mais cet engin éclata presque aussitôt me criblant d'une quantité de petits éclats dont certains sont encore dans mon corps. Ma capote fut transformée en écumoire. Je voulus me mettre à l'abri dans le réseau à 20 mètres des Allemands qui ne me croyaient pas si près d'eux. Je rampais pour arriver à un trou creusé par un « minen », et j'y arrivai, mais à ce moment une balle arrivant à la semelle de mon soulier gauche, me laboura la plante du pied.
Je n'en pouvais plus. Je perdis connaissance et ne fus ramassé que le soir. Je ne vois plus ce qui s'est passé à ce moment-là.